Curaçao, le souriceau qui poaime


Flux et reflux

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Chapitre 1


Posté le 03/12/10 dans Chapitres - Un : In medias res

 

In medias res

 

-     Elle me va bien, non ?

Maman tourne sur elle-même et la légère robe d’été qu’elle vient d’acheter ondoie autour de ses jambes nues. L’étoffe est blanche et douce, imprimée de petites fleurs rouges. Ma grande sœur, un chapeau de paille sur la tête, la rejoint et elles dansent ensemble. Leurs rires résonnent dans la pièce lorsqu’elles se laissent tomber près de moi dans le canapé.

-     Alors Lulu, tu en penses quoi de cette robe ?

Je lui souris de toutes mes dents et mes mains volettent à toute vitesse. Je vois ses yeux s’agrandir, elle a perdu le fil. Lili intervient, traduit :

-     Il dit que tu es la plus belle Maman du monde, et que tout te va bien.

Maman m’offre son plus beau sourire et tente vainement d’ordonner ma tignasse immaculée.

-     Tu es mon petit ange. Je t’aime.

Elle dépose un tendre baiser sur mon front et je me blottis dans ses bras.

Bruits de pas dans l’escalier ; Papa arrive dans le salon, fraîchement rasé.

-     Je suis prêt, on peut y aller ! Tu veux faire les courses avec nous, P’tit Lu ?

Je secoue la tête en signe de refus. Il me fait une grimace rigolote.

-     Sûr ?!

Hilare, je hoche la tête pour dire oui. Mon père reprend un air sérieux et me donne les conseils d’usage :

-     Bon, toutes les portes sont fermées alors tu ne pourras pas aller jouer dehors. Nous partons une heure ou deux. Si tu as le moindre problème, utilise ton biper pour que l’hôpital vienne te chercher, puis envoie-nous un texto, OK ?

J’acquiesce de nouveau. Les recommandations sont toujours les mêmes, j’ai l’habitude.

-     Tu es sage, hein ? demande ma mère, perpétuellement inquiète.

-     Il est tout le temps sage, la rassure ma sœur en riant.

Ils franchissent un à un le seuil. Mon père me sourit tandis que Lili me signe « À tout à l’heure ». La porte se referme, puis les clés cliquettent dans la serrure et dans les deux verrous. "À bientôt mon ange !" crie Maman à travers le battant.

***

Une sensation horrible m’étreignit, et je me réveillai en criant à pleine voix. Mon réveil indiquait : 2h13. Dix ans. Cela faisait déjà dix ans qu’ils étaient morts. Je me levai, le corps secoué de frissons. Marcher me calmerait un peu. Heureusement que Vincento n’était pas encore rentré de mission. Ainsi, mon cri n’avait réveillé personne. J’allumai ma lampe de chevet dont la lumière tamisée chassa les dernières limbes du cauchemar. Sur la porte ouverte de mon armoire, le miroir me renvoya alors l’image d’un jeune homme de 18 ans, dont la peau brune et les traits du visage dénonçaient des origines italiennes. Assez grand, le corps fin et musclé, le visage dur : c’était comme si un inconnu me fixait. Une coquille vide, sans âme. Mais ces cheveux blancs indomptables et ces yeux aigue-marine pouvaient n’appartenir qu’à moi.

Un ange. Je soupirai. Un démon plutôt. Dix ans qu’ils étaient morts et dix ans que mon oncle faisait de moi un assassin parfait, obéissant et corvéable. Dix ans que j’étais plongé dans les affaires sordides de la mafia sicilienne, dont mon oncle était le second dirigeant. Et dire que mon père nous en avait tenu soigneusement éloignés, Lili et moi. Que penserait-il de son fils s’il savait qu’il était un criminel ? Je n’avais que huit ans lorsqu’ils étaient morts, et je si j’avais des doutes sur le véritable travail de mon père, qui se prétendait « homme d’affaire », je préférais me taire. Et lorsqu’ils avaient eu cet « accident » de voiture, je m’étais demandé si leur mort était vraiment due à un défaut de fabrication du moteur... Mais cela faisait également dix ans que mon oncle restait flou sur la question, jurant qu’il avait vengé l’honneur de la famille, tout en refusant de donner plus de détails.

Je ressassais ces idées noires un moment puis je retournai me coucher. J’essayais de ne pas penser à mes parents et à ma soeur Lili, mais c’était tout simplement impossible. Je ne parvins à me rendormir que vers 3 h 30. Des souvenirs douloureusement heureux hantaient mes rêves. Je replongeai alors dans un de ces cauchemars issus de mon passé.

***

J’ai six ans. Je viens juste de tomber malade. Le panneau d’affichage indique Mardi 7 Janvier 2029. Je me promène, un affreux pyjama vert sur le dos. La perfusion goutte lentement dans mon bras. Je suis totalement chauve et je me sens aussi fin qu’une allumette : je fais pitié à voir. Un jeune médecin aux yeux fatigués parle à mes parents, frileusement serrés l’un contre l’autre dans un fauteuil de la salle d’attente.

-     Vous êtes les parents de Luka Montale ?

-     Oui, oui.

Mes parents se lèvent, l’air inquiet. Ma mère se tord nerveusement les mains. Le médecin soupire, lisse les plis invisibles de sa blouse blanche et se lance :

-     Votre enfant a été contaminé par le virus H5N13.

Courte pause. Mes parents échangent un regard angoissé. Mon père murmure difficilement :

-     C’est celui qui entraîne des… des mutations ?

-     Je suis désolé, reprend difficilement le jeune homme. Nous n’en connaissons pas encore tous les effets sur le génome humain. Tout ce que je peux dire, c’est que votre fils est hors de danger, mais que les contraintes futures seront nombreuses : hypersensibilité aux maladies virales, allergies alimentaires, perte temporaire d’un des cinq sens.

Un silence s’installe durant lequel ma mère s’accroche à mon père comme un naufragé à son radeau et gémit légèrement, à la fois de soulagement et de désespoir. Le médecin avec un sourire rassurant ajoute :

-     Mais il y a aussi des points plus positifs. Assez paradoxalement, nous avons constaté que des patients, une fois guéris, cicatrisent très bien et très vite, et qu’ils sont parfaitement immunisés contre les maladies non virales. Et les cheveux et les yeux changent de couleurs. Des couleurs plutôt... surprenantes.

Mes parents, un peu rassurés, n’en sont pas moins très attentifs. Ma mère, les sourcils froncés, prend lentement la parole :

-     J’ai entendu dire que certains de ces mutants acquéraient une sorte de pouvoirs. Est-ce vrai ?

-     Eh bien... Oui. Ce ne sont pas des « pouvoirs » au sens magique du terme, mais plutôt des capacités humaines poussées à l’extrême ou encore des caractéristiques réservées d’ordinaire à d’autres espèces animales. Lorsque votre garçon sera guéri, nous lui ferons passer quelques tests. Je… Je suis vraiment confus…La pandémie a surpris tout le monde et l’on ne sait pas grand-chose sur ce virus pour l’instant.

***

Je me réveillai de nouveau en sursaut. La nuit semblait me dire : repense à ton enfance ! quand j’aurais tant voulu l’oublier. Le Papillon avait transformé ma vie. « Papillon »… Un surnom bien trop poétique pour une horreur pareille, pour ce virus qui, en quelques années, avait décimé deux tiers de la population mondiale. Ce surnom venait du fait que, sur tous les êtres dont il avait entraîné la mutation, il laissait une marque dont la forme rappelait celle d’un Papillon. Cette marque était en fait un problème de pigmentation, problèmes également présents chez les humains dans les yeux et les cheveux, particulièrement sensibles aux H5N13. Ma tignasse indomptable était devenue d’une indiscrétion totale en devenant d’un blanc argenté voyant. Bien sûr, j’aurais pu la teindre, mais ma mère m’avait assez répété qu’il ne fallait pas que je ressente ma mutation comme une honte. Je me levai et m’étirai. Le réveil indiquait 5h24. Pas la peine de me rendormir pour une demi heure. J’enfilai rapidement un survêtement, attrapai mes baskets par les lacets et quittai ma chambre. Je traversai la bibliothèque en coup de vent, constatant que personne n’était encore réveillé, puis dévalai les treize marches qui menaient au salon par un escalier métallique enroulé sur lui-même. L’absence de rampe me permettait de sauter directement dans la pièce et je ne me privai jamais de ce petit plaisir de sale gosse turbulent.

Le salon, immense, occupait la moitié de l’étage. Il était coupé à une extrémité par le bar américain délimitant la cuisine et servant de table. À l’autre bout, un piano meublait le vide d’une estrade. Entre les deux, c’était un joyeux fouillis de canapés, de poufs et de fauteuils, de tapis moelleux et de tables basses. Sur le mur gauche, l’écran géant de la télé occupait pas mal d’espace. Le mur de droite, une immense baie vitrée, donnait sur le fleuve. M’arrêtant net, je regardai le soleil se lever sur Manhattan ; en se reflétant sur les tours et dans l’eau du fleuve, il m’emplissait d’une allégresse étrange. Je laissais mes yeux s’emplir de lumière puis les fermai. La joie que je ressentais, le Papillon me la faisait ressentir physiquement et je me mis alors à danser pour l’exprimer, incapable de contenir l’élan joyeux qui m’envahissait. C’était comme un fourmillement qui me poussait à gigoter, moi d’ordinaire si calme.

-     Mais tu es tombé du lit ce matin, Luka. Moi qui n’osais monter de peur de te réveiller !

Je me retournai, cachant ma surprise. Dans la cuisine, appuyé sur le comptoir, Vincento buvait du café en me regardant, un léger sourire aux lèvres. Grand, musclé, une trentaine d’années, il incarnait parfaitement l’archétype du mafioso. Rien ne manquait, pas même la petite cicatrice à la tempe, vestige d’une balle qui aurait pu lui être mortelle. C’était mon parrain et nous partagions la même chambre depuis la mort de mes parents. Il venait de rentrer de mission à Seattle.

Il posa sa tasse et s’étira lentement comme un matou. Ses cheveux noirs, sa peau mate, ses vêtements sombres, tout concordait parfaitement. Il bâilla et je ne pus m’empêcher de sourire.

-     C’est quoi cet étirement suspect au coin de tes lèvres ?

-    

-     Oh. Tu n’es déjà pas très causant, alors si tôt dans la journée…

Il me fit une petite grimace. C’était sans doute la personne au monde qui me connaissait le mieux, et il savait que je n’avais jamais repris l’habitude de parler, bien que l’usage de la parole m’ait été rendu. Je me raclai la gorge, consentant pour lui à cet effort démesuré.

-     Un chat.

Il regarda autour de lui, puis reporta son attention sur moi.

-     Quel chat ?

J’inspirai profondément et parvins, malgré ma voix rauque, à dire en un souffle :

-     Toi. Tu me fais penser à un chat noir.

Il plissa les yeux, réfléchit un instant puis sourit lentement.

-     Je dois prendre ça pour un compliment ou pas ?

Je jugeai plus prudent de me taire, mais ne pus effacer de mon visage l’air moqueur qui s’y était installé.

-     Galopin, va, dit-il avec une tendre ironie et en m’ébouriffant les cheveux, alors qu’il savait pertinemment que je ne supportais pas ce geste.

Je lui jetai un regard lourd de reproches, puis posai avec une lenteur délibérée mon bol de céréales sans gluten sur le comptoir. Lorsqu’il tendit de nouveau le bras, j’étais prêt à me battre et il le savait parfaitement. C’était à cette fin précise qu’il m’avait provoqué. Je lui attrapai la main et tentai une clé de bras. Il se dégagea rapidement et riposta par un coup de pied. Je le coursai alors dans tout le salon, louvoyant entre les meubles. Alors qu’il se croyait protégé par un canapé, je pris mon élan et bondis sur lui, passant largement par-dessus l’obstacle. Surpris, il tomba durement à terre et abandonna après que je l’eus immobilisé. Il se releva et épousseta ses vêtements tandis que je retournais à mes céréales. Un petit sourire vainqueur courait sur mes lèvres tandis que je me servais un verre de lait. Du lait de soja bien sûr, à cause de mes allergies. Vincento râla :

-     C’est pas juste aussi, t’as vu les bonds que tu fais ? Le Papillon t’améliore.

Je haussai les épaules. Il n’avait pas tout à fait tort. Le H5N13 m’avait donné les capacités d’un athlète, mais c’est grâce à un entraînement quasi militaire que j’étais parvenu à les exploiter à fond. L’effet principal du Papillon sur moi était une facilité déconcertante à comprendre, parler et écrire n’importe quelle langue. Une ironie cruelle pour un garçon qu’il avait rendu quasi muet. Je laissai Vincento monter défaire son sac et retombai dans ma routine rassurante. Musculation et échauffement dans la salle de sport pendant une heure, puis course à pied dans le quartier.

De retour à l’appartement, je réussis à monter 18 des 45 étages en courant, mais fus obligé de finir en ascenseur. Les deux derniers étages de ce building ainsi que le toit appartenaient en fait à Viggo Bellini, LE grand ponte de la mafia sicilienne, qui l’avait acquis une trentaine d’années auparavant pour y installer notre QG. Celui qui s’en occupait actuellement était mon oncle, responsable de la branche new-yorkaise de la Cosa Nostra. Lui vivait dans une grande maison d’un quartier chic avec sa femme et ses jumeaux. Son « équipe d’intervention », c’est-à-dire nous, vivions dans cet immense appartement double. Nous étions chargés de régler certains problèmes un peu musclés, ou d’escorter ceux des nôtres connus de tous que l’État, dans un regain d’autorité, aurait voulu arrêter. Mais l’activité principale de l’équipe d’intervention était  encore d’infiltrer et espionner les mafias rivales. Et lorsqu’il y avait un témoin gênant ou un opposant un peu trop virulent à faire taire, là encore nous devions agir. Une bande d’assassins à la fois élégants et brutaux dont j’étais le plus jeune membre, du haut de mes 17 ans. Ils formaient ma famille, parfois plus que cet oncle qui ne se souvenait de moi que lorsque je pouvais lui être utile.

Et, bien sûr, le 7 août de chaque année. Ce jour précis, nous nous rejoignions au cimetière, puis il m’invitait au restaurant et nous parlions. Enfin, il parlait et je me contentais d’acquiescer de temps à autre. Cette perspective peu réjouissante finit de faire retomber mon allégresse que la course avait déjà bien émoussée. Pour faire partir cette morosité, je décidais de profiter du jacuzzi qui nous servait de baignoire. Bien que chaque chambre double eut accès à un cabinet de douche partagé avec une autre chambre double, nous disposions également d’une grande salle de bain commune à tous. Cette pièce était très lumineuse grâce à une fenêtre orientée plein sud. Elle était entièrement carrelée de bleu et de blanc et le tapis éponge était si épais que les pieds y disparaissaient. Un bonheur auquel je ne me lassais pas de goûter. C’était aussi le seul endroit où je pouvais me plonger entièrement dans l’eau malgré ma phobie de ce liquide.

Tout en me laissant fondre en compagnie de sels de bain parfumés, je repensais à certaines missions au confort bien plus précaire, par exemple en Italie ou au Brésil. Comme quoi le crime payait vraiment bien lorsqu’on était un assassin sans morale aucune. J’étais de ce nombre, et un jour, alors que me plaignais d’avoir de la terre sous les ongles à cause d’un cadavre que l’on avait dû enterrer, Six-doigts m’avait dit que j’étais pareil une pierre à qui on aurait donné la vie : pas d’émotions, pas de sentiments. J’avais haussé les épaules avec indifférence, mais en y réfléchissant, rien n’était plus faux. C’était même complètement le contraire.

Je me séchais énergiquement les cheveux quand cette pensée s’éclaira, ciselée dans mon esprit. Elle me coupa le souffle, se fit si pressante et angoissante que je dû m’asseoir, puis m’allonger par terre. « C’est tellement faux », murmurai-je de ma voix rauque tout en regardant le plafond sans le voir. La vérité, c’est que le Papillon faisait ressentir physiquement émotions et sentiments. Si je ne les verrouillais pas profondément en moi, le chagrin puis la culpabilité m’auraient déjà tué dans d’atroces souffrances. Alors je m’interdisais d’éprouver quoi que ce soit, sans pour autant y arriver totalement. Quand je regardais le soleil se lever sur Manhattan, je ne pouvais pas empêcher mon cœur de vibrer, de se dilater dans une sensation douloureuse, car terriblement nostalgique. Je me sentais indigne de contempler quelque chose de si beau alors que mon âme était si noire.

Je poussai un nouveau soupir et achevai de me sécher. Zut. J’avais encore oublié mes vêtements en haut. J’entrouvris la porte de la salle de bain : du salon me parvinrent des voix commentant les jeux du cirque d’hier, où un gladiateur allemand mondialement connu avait été battu par un quasi inconnu typé asiatique. J’aurai voulu éviter la scène qui allait suivre mais je n’avais pas le choix. Enroulant une serviette autour de mes hanches, je m’élançai de mon pas le plus mesuré en direction de l’escalier. Bientôt jaillirent les sifflets et les commentaires des six ou sept personnes présentes dans le grand salon.

-     Bah alors Luka, c’est quoi ces abdos ?

-     Ouais, tes tablettes de chocolat fondent un peu, non ?

Tous si adultes et encore si gamins dans leurs têtes. Je leur jetai un regard hautain puis tournai la tête, envoyant voler mes cheveux encore humides, conscient trop tard que cela ressemblait à une publicité pour un shampoing. Les sifflements redoublèrent et je continuai de ma démarche la plus altière. Malheureusement, le petit sourire en coin aggrava encore l’affaire, surtout quand je commençai à monter l’escalier, car ma serviette avait tendance à s’ouvrir un peu.

Je ne pus me retenir de sourire franchement en arrivant à l’étage. Le soleil entrait à flots dans la bibliothèque, illuminant les rayonnages plus ou moins ordonnés, les babioles ramenées de pays lointains servant de cales livres et les confortables fauteuils et canapés répartis un peu partout. Je me dépêchai de m’habiller, enfilant en hâte jean, chemise et veste noire, deuil oblige malgré la chaleur de ce beau matin d’août. Attrapant un bouquin que je venais juste de commencer, je m’assis dans un fauteuil. J’enlevai mes chaussures, les jetai un peu plus loin et pris ma position préférée pour lire, les pieds sur le rebord du fauteuil, les genoux repliés et le livre posé dessus. Mais je n’arrivais pas à me concentrer, et mon regard s’égara dans cette pièce que je chérissais. Étagères, tables basses, sofas et autres ameublements de la pièce se déclinaient dans un camaïeu de bleu, du turquoise caribéen au marine d’une nuit d’été, en passant par diverses nuances toujours harmonieuses. Plus encore que les couleurs, j’étais particulièrement sensible à l’atmosphère que leur conférait la lumière si particulière provenant de la partie vitrée du toit et, la nuit, de lampes murales et de projecteurs dissimulés sur les rayonnages. Nimbant la pièce, cette lumière la parait du charme des lieux intimes, de ceux où l’on peut s’endormir confiant et désarmé. Au centre de la salle, des puits de lumière donnaient sur les pièces aveugles de l’étage inférieur, surfaces de verre trouble complétant l’impression de flotter entre mer et ciel.

Apaisé par ce cadre familier, je réussis finalement à me plonger dans mon roman, la sombre histoire de vengeance d’un certain Compte de Monte-Cristo, un Français. Ce fut un pressentiment, une sorte d’appel de mon instinct, qui m’en fit lever les yeux vers dix heures. Ce sixième sens ne m’ayant encore jamais fait défaut, j’empruntai l’escalier qui menait jusqu’au toit. L’air libre me rasséréna aussitôt. Le toit était aussi un des lieux-clés de ma vie. Au milieu, une large bande du toit était vitrée et éclairait la bibliothèque en dessous.  Une serre tropicale et un immense jardin occupaient la majeure partie de l’espace, à l’exception d’un hangar et d’un carré de béton qui servait d’héliport. Le hangar pouvait contenir un hélicoptère et un GUEP, mais il ne contenait la plupart du temps qu’un seul de ces appareils dernière génération, mû par une pile à combustion et dont le silence n’avait d’égal que la vitesse. Le jardin et la serre, aussi étonnant que cela puisse paraître, étaient entretenus tour à tour par les membres de notre équipe d’intervention. Douze tueurs qui prenaient soin avec une douceur et une attention extrêmes de ces fleurs, arbres et bosquets. Drôle de paradoxe, plaisant pour ma morale tortueuse, qui voulait que la vie humaine ai parfois moins de valeur que celle d’une plante. J’aimais particulièrement m’occuper des orchidées, si distinguées dans leurs graciles beauté. Et, par expérience, arracher quelques mauvaises herbes était un effort relaxant, bien plus que de couper quelques doigts à de mauvais payeurs.  

             Ce fut sur cette pensée cynique que je me mis à déambuler entre les fourrés parfaitement élagués, tentant de dissimuler une anxiété dont je ne comprenais pas le sens. L’avenir montrerait bientôt que mon don mutant de prescience ne m’avait pas trompé. J’allais plonger dans les ennuis avec la même stupide fierté qu’un rat parvenant à manger le fromage d’une tapette sans la déclencher, mais mourant finalement empoisonné. Je me laissai tomber sur un banc et contemplai le ciel sans nuage, y cherchant une réponse qui ne venait pas. L’angoisse montait lentement, insidieusement.


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Décembre 2010


Posté le 01/12/10 dans Au jour le jour - Wordle

wordle décembre 2010


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Avent !


Posté le 01/12/10 dans Au jour le jour - Beaucoup de bruit pour rien

Tous les ans, comme approche le mois de Décembre, mon père nous trouve, ma mère et moi, fort comploteuses et affairées. Il faut dire que depuis quelques années déjà, notre tradition du calendrier de l'Avent a connu une évolution : maintenant, en plus d'avoir tous les jours un petit cadeau, il y a une thématique générale : citations, énigmes, chansons…  

Du coup, depuis quelques années, moi aussi je m'y suis mise. Un coup c'était les expressions dans toutes les langues, un autre un florilège de poèmes et, l'an dernier, un petit poème tous les matins que je pliais le soir en origami. (Je vous montrerai peut-être ça un jour)

Tout ça pour dire que cette année vous aussi, chers visiteurs, avez le droit à votre calendrier. Alors tenez-vous prêts, on commence ce soir !

*roulement de tambours*


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Hiver 05


Posté le 30/11/10 dans Haïku - Hiver

Avec le froid vient

- décorations dans les rues -

un air de Noël.


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Mobile en origami


Posté le 29/11/10 dans Travaux manuels - Origami

Pour que mon neveu dorme paisiblement, je n'ai rien trouvé de mieux qu'une ribambelle d'animaux de papier aux couleurs criardes…

N'empêche qu'un mobile en origami fait main, c'est classe !

(je peux faire un tutorial pour ceux qui veulent se lancer)

mobile en origami

Cliquez sur l'image pour l'agrandir


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