Curaçao, le souriceau qui poaime


Flux et reflux

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Seine au crépuscule


Posté le 10/09/10 dans Photos - Paysage

Seine au crépuscule

Seine au crépuscule, Poissy, mars 2009


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Coquillages


Posté le 10/09/10 dans Photos - Paysage

coquillages

Coquillages, Les Glénan, août 2010


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Nuit avène


Posté le 09/09/10 dans Photos - Urbanités

nuit avène

Nuit avène, Pont-Aven, août 2010


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Septembre 2010


Posté le 01/09/10 dans Au jour le jour - Wordle


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Les mots d'Inès


Posté le 01/09/10 dans Textes - Parcours obligé

Les mots d’Inès

 

Une histoire de contraintes dans le Paris du XVIIIème siècle

 

 

 

Ce soir-là, un ciel acrimonieux jetait sur Paris bourrasques et averses, comme autant d’insultes. Les rares ombres se pressaient entre les halos tremblants des réverbères, l’œil baissé, la main sur le col de leurs manteaux. Même les rues du Pélican ou Saint Nicaise étaient désertes. L’ambiance chaude à l’intérieur des maisons closes n’en était que plus exotique. Une silhouette justement, après un regard à gauche et un second à droite, se glissa entre les battants de la porte d’une demeure cossue ornée de la significative lanterne rouge. À l’intérieur, une femme en léger déshabillé de soie violette mena le nouvel arrivant à travers un labyrinthe de salons privés jusqu’au pied d’une étroite volée de marches. « C’t’en haut d’l’escalier, mon chou. » lâcha-t-elle avant de s’en retourner à d’autres activités plus ou moins licites. D’un pas alerte, le jeune homme monta à l’étage et ouvrit la seule porte du minuscule palier sans frapper.

La pièce enfumée était remplie d’hommes élégamment vêtus, boucles brillantes à leurs escarpins, perruques poudrées même pour certains, qui relevèrent la tête en sursaut, cachant par réflexe leurs cartes.

-            Val ! s’écria un joueur à la sombre barbe soignée, déployant en se levant une stature digne d’un bûcheron et des bras musculeux qu’il ouvrit grand en geste d’accueil.

-            Christian, répondit l’autre sobrement, je ne m’étonne pas de vous trouver dans un tel établissement…

Le ton était réprobateur, mais un sourire y perçait, l’air de rien, et le nouvel arrivant accepta l’embrassade malgré le risque d’y être broyé.

-            Mes amis, annonça solennellement Christian, permettez-moi de vous présenter Valérian de la Trémondine.

Il y eut un silence, quelques sourires : le jeune homme, avec son catogan de cheveux blonds soyeux, ses yeux clairs et francs, sa stature fluette et la noblesse un peu dédaigneuse de son port de tête, offrait un contraste saisissant avec Christian. Ce dernier reprit :

-            Tout juste arrivé à la cour, son fleuret, qu’il est toujours prompt à dégainer, est déjà source d’exploits amplement répandus !

Des murmures incrédules se firent entendre mais, sans se démonter, Valérian lança à la cantonade :

-            Messieurs, veuillez pardonner à mon ami ses exagérations : c’est que lui-même ne sait dégainer efficacement d’épée que celle qui lui pend entre les jambes…

Sa répartie lui attira la sympathie d’un éclat de rire général et Valérian fut aussitôt intégré à la table de Christian. Tandis que l’on distribuait les cartes, le brun se pencha vers Val.

-            Aussi fine mouche que fine lame… Vous les avez conquis, dit-il en désignant les gentilshommes présents.

Val sourit puis parla, soudain sérieux :

-            Pourquoi m’avoir fait appeler dans ce tripot biscornu ? Pour vous guider dans le dédale des salles moelleuses quand vous serez soûl ? Pour éponger vos dettes de jeu ? Ou bien pour…

Christian le coupa d’un geste :

-            Rien de tout cela mon ami.

Il se rapprocha un peu plus et reprit tout bas, entre deux tours de jeu :

-            J’ai du nouveau dans l’affaire de la perle. Il semblerait qu’elle ai été acquise par un marquis. Eut égard à sa taille peu commune, il veut l’utiliser dans une expérience d’alchimie.

-            Peuh !

Valérian, toute ouïe, avait perdu sa mise et son exclamation signifiait tout autant son dépit que son dédain : expérimenter sur un tel bijou lui semblait un gâchis sans pareil. Passant le tour suivant sous prétexte de fumer, il bourra soigneusement sa pipe, l’alluma, en tira quelques bouffées et demanda enfin :

-            Et comment avez-vous obtenu ce renseignement ?

-            Mes relations dans la Police m’ont permis de rencontrer le voleur qui a été embastillé pour avoir détroussé le commerçant indien désireux de vendre la perle au roi. Après avoir été soumis à la question, il a été ravi que je lui offre quelques écus plutôt que quelques coups pour le faire parler.

Val tira pensivement sur sa pipe puis, après un regard rapide mais acéré sur les autres joueurs, il murmura à l’oreille de Christian :

-            Nous en reparlerons plus en détails dans l’intimité de votre bunker, cher ami, trop de gens ici peuvent nous entendre.

Val resta un ou deux tours encore, lança deux ou trois bons mots puis prit congé de la table et s’en fut, un sourire énigmatique distraitement accroché à ses lèvres aristocratiques.

 

***

 

-            Val, lâchez ce trombone voulez-vous, cela m’agace à la fin. Et laissez aussi mon encrier tranquille. Vous avez provoqué suffisamment de dégâts pour aujourd’hui.

Le jeune homme s’exécuta et laissa tomber le fil de fer plié sur le bureau du brun puis, passant son bras gauche sur le dossier de sa chaise, prit une pose indolente et un air insolent qui enragèrent d’autant plus Christian.

-            Non seulement vous imprimez votre article sur MA presse secrète, dans MA cave, mais de surcroît vous le signez de votre vrai nom, prêtant le flanc à un duel contre le marquis et portant l’attention du roi sur notre cercle.

Un petit sourire en coin s’alluma dans les yeux du blond :

-            Ne vous souciez dont pas tant pour votre ami Diderot, le roi a bien assez de mal à fermer les imprimeries officielles pour s’inquiéter des officieuses. Et puis, il fallait vous douter que j’agirais ainsi : j’aime collectionner les scandales comme d’autres les boniments des voyantes gitanes ou les bonbons au caramel.

-            Mais vous l’aviez déjà votre scandale ! Le roi de France, Louis XV en personne, volé par un marquis, cela ne vous suffisait pas ?

À ces mots, Val bondit sur ses pieds, soudainement enthousiaste, arpentant la pièce comme un juge en plaidoirie.

-            Allons Christian ! Ce genre d’histoire sordide devient scandale uniquement lorsque la plèbe est au courant, quand tous les vendeurs de journaux le crient haut et fort dans les gros titres. Avant, ce n’est qu’un ragot, chuchoté, rapidement étouffé et tout aussi vite oublié, aussi croustillant soit-il.

Valérian avait saisit Christian par l’épaule et son ton se fit plus passionné encore :

-            Vous qui vous battez pour que l’Encyclopédie voit le jour, comment pouvez-vous renier ma quête d’une vérité à laquelle tous les sujets, non, les citoyens plutôt, auraient librement accès ?

Troublé par le magnétisme éclatant du regard clair qui le fixait, plein d’espoir et de révolte, Christian se dégagea doucement.

-            Bel avenir que vous nous préparez là, Valérian, et je partage vos idéaux, mais c’est un présage plus sombre qui noircit le vôtre ; le marquis est un fin bretteur et vous pourriez être blessé – voire tué ! – lors du duel demain.

Val sourit, retrouvant son noble flegme aussi vite qu’il s’était laissé emporter.

-            Voilà donc ce qui vous taraudait ! En vérité, ma vie était l’objet de votre préoccupation… Ne vous souciez dont point d’une telle broutille ; ce marquis est un couard et même s’il gagnait il n’oserait m’achever. Les alchimistes n’ont qu’un but : créer, et non détruire. Je ne risque que mon honneur et mon corps.

Joueur, Valérian fit quelques pas en claudiquant.

-            Ne pensez-vous pas, reprit-il, que boiter ajouterait à mon charme ? Comme une sorte de disgrâce qui ne serait que mienne.

Christian le suivit du regard, le visage fermé.

-            Votre beauté en elle-même est un sceau unique Valérian, ne soyez donc pas si impatient d’y graver les balafres que le temps ne manquera pas de lui infliger.

Le brun fixait le blond avec une intensité qui troubla le jeune aristocrate. S’approchant de l’homme au regard sombre, Valérian leva la main, hésitant, ayant abandonné soudain toute sa superbe. Timidement, il effleura la joue gauche de Christian où la barbe soyeuse cachait, il le savait, la cicatrice bien nette d’un barbier maladroit. Valérian baissa les yeux, fort embarassé.

-            Pardonnez-moi, mon ami, chuchota-t-il finalement.

Christian saisit avec tendresse la main du jeune homme et répondit :

-            Tâchez de rester en vie, Valérian, c’est tout ce que je vous demande. Six mois à peine que vous êtes à Paris et voilà déjà votre quatrième duel.

-            C’est que je m’ennuyais tant en province, coincé entre mes vieux parents et mes petites sœurs, si adorables soient-elles !

 

***

 

-            Mais c’est de la sorcellerie ! s’écria le duc de Goustant, témoin du marquis, quand Valérian envoya voler d’une botte habile le fleuret de son adversaire pour la troisième fois depuis le début du combat, adversaire qui se jeta à terre pour esquiver l’attaque suivante et récupérer son arme.

Les deux combattant se valaient mais Christian, confiant, répondit tranquillement :

-            Non point, Monsieur le Duc, seulement du talent et de nombreuses heures d’ennui.

Et par devers lui, il ajouta « et des centaines d’entraînements sous la main de fer de mon redoutable maître d’arme de père !».

-            Vous connaissez Monsieur de Trémondine depuis longtemps ? s’enquit le duc

-            Depuis toujours ! répondit Christian avec emphase. Un de mes premiers souvenirs d’enfance est d’avoir assisté à son baptême. Je devais avoir 5 ou 6 ans.

Devant l’étonnement de son interlocuteur et pendant que le marquis et Valérian s’affrontaient à grand renfort de cris, de mouvements de manches et de bruits de ferraille, Christian expliqua que, bien qu’ayant vécu toute sa vie à Paris, les domaines de sa famille étaient voisins de ceux des Trémondine, amis de longue date qu’ils voyaient donc à chaque retraite campagnarde.

-            D’ailleurs, depuis la mort de ma mère, mon père ne quitte plus le manoir que nous avons là-bas.

Le Duc, compatissant, approuva d’un air grave :

-            Chasse, grand air, repos, voilà de quoi tirer un homme de l’abysse du chagrin ! Moi-même…

Une exclamation plus forte que les autres coupa le Duc. Après avoir torpillé sans relâche le marquis, réduit à parer et à contrer sans pouvoir attaquer, Valérian avait tenté le tout pour le tout et, au prix d’une légère blessure, l’avait de nouveau désarmé, sans échappatoire possible cette fois-ci. Bon joueur, le marquis admit sa défaite ; s’inclinant légèrement, il tendit à son vainqueur une bourse de velours avant de prendre congé en compagnie du Duc. Seuls dans la clairière, Christian et Valérian s’assirent sur l’herbe. Le ciel dégagé promettait une belle journée et, sous l’ampleur de l’effort, la sueur perlait au front de l’escrimeur.

-            Qu’allez-vous faire de la perle maintenant qu’elle est à vous, Valérian ? demanda le brun.

-            L’offrir gracieusement au roi ! s’exclama le jeune homme. Ainsi, vous et votre imprimerie secrète connue de tous serez en sécurité.

Christian, ému, voulu serrer le bras de son ami en signe de gratitude, mais celui poussa un gémissement de douleur.

-            Mais vous êtes blessé ! s’écria-t-il, déboutonnant prestement et sans manière l’ample chemise plastronnée qui se teintait de sang.

-            Ce n’est rien, une estafilade, se déroba Valérian, pourtant bien pâle.

Enfin le dernier bouton céda et découvrit un torse musclé abondamment couvert de courts poils blonds. Un instant décontenancé, Christian se reprit et lança, tout en pansant le bras blessé avec un morceau de chemise :

-            Vous velu ! Voilà qui ferait jaser ces demoiselles.

Taquin, Valérian répondit avec aplomb :

-            Je préfèrerais faire jaser ces messieurs…

Scandalisé, Christian observa l’effronté un long moment. Puis, tout doucement, il se pencha pour lui chuchoter à l’oreille :

-            Et dire qu’il fut un temps où vous désapprouviez mon orientation !

Le jeune homme déposa un léger baiser sur la pommette du brun et murmura :

-            J’étais une mijaurée engluée de principes.

-            Et maintenant ? souris Christian à travers sa barbe

-            Maintenant…

Valérian regarda Christian dans les yeux avant de l’embrasser profondément.

-            Maintenant, si vous saviez comme je m’en contrefiche ! répondit-il enfin.

 


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