Curaçao, le souriceau qui poaime


Flux et reflux

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Darker than Black


Posté le 16/06/10 dans Textes - En vrac

2. La description romanesque :

Sujet : en une page environ, décrivez un objet représentatif d’un personnage comme la casquette de Charles Bovary dans le texte de Flaubert.

 

Plus sombre que l'obscurité

 

Peut-être n’était-ce qu’une veste. Et peut-être était-ce beaucoup plus que cela : sa veste. Car en lui appartenant elle se parait du même charme insondable que son propriétaire. Mystère étrange et a jamais irrésolu que cette alchimie, cette symbiose entre un simple morceau de tissu et un être humain. Énigme complexe qui reste ancrée dans ma mémoire et à laquelle je vais maintenant tenter d’apporter quelques éléments de résolutions.

Cette veste, c’était d’abord une coupe : droite, sans prétention, simplement masculine. Elle retombait avec une classe et un chic inimitables ne pouvant qu’attirer envie et jalousie. Elle aurait sublimé n’importe qui, lui conférant la prestance du mannequin et le charisme de l’homme politique en campagne. Des poches dissimulaient leur présence en s’abstenant de posséder un rabat. Quant à son système de fermeture, il se composait de trois boutons noirs auxquels quatre autres plus petits venaient faire échos en ornant chaque manche.

Cette veste, c’était ensuite une couleur : l’ombre profonde d’un noir de jais. Ténébreuse clarté de ce noir qui rayonnait partout où passait le possesseur de la veste, comme aurait brillé l’éclat mat de l’obsidienne. Ce chromatisme aile de corbeau n’avait rien de sinistre comme aurait pu l’être l’ébène des vêtements de deuil. Il se rapportait plutôt à l’obscurité d’une nuit d’été, d'un 14 juillet où l’on sait que l’opacité du ciel va bientôt s’illuminer de dizaines de fleurs flamboyantes. Pareil à la luminosité des feux d’artifices, le noir de cette veste restait longtemps imprimé sur la rétine.

Cette veste, c’était enfin une matière : le côtelé d’un velours à la douceur ineffable. Un tissu unique, spécial, qui semblait à la fois léger et chaud et dont le contact n’était que pur bonheur. Caresser ce velours était frôler la perfection du bout des doigts, comme si effleurer les plumes des anges pouvait donner une idée du paradis. Encore aujourd’hui je me demande quelle sensation sans doute indicible pouvait provoquer le fait de porter cette veste, seulement séparée de la peau par l’épaisseur insignifiante d’un T-shirt.

C’est un doux euphémisme que d’écrire que jamais vêtement n’avait tant attiré le regard. Que cette veste fut portée ouverte ou fermée, qu’elle fut jetée avec nonchalance sur l’épaule ou encore qu’elle fut posée sur un dossier de chaise ou roulée en boule dans un coin, elle gardait une élégance magnétique qui ne pouvait que séduire.

Séduction qui avait d’ailleurs parfaitement fait son effet lorsque, au premier jour du printemps, son possesseur avait abandonné son manteau d’hiver comme le serpent sa vieille mue, avait enfilé sa veste sans même y penser et s’était tout naturellement rendu en cours. Quand l’adolescent et sa veste étaient apparus, il y avait eu un moment de stupeur, puis je me souviens avoir pensé que j’étais amoureuse sans bien savoir qui, du vêtement ou de celui qui le portait, provoquait cette réaction.

Béline Falzon

Seconde 17


C'est vraiment un vieux truc que je vous ressors : je l'avais écrit en Seconde pour un devoir de français.

Je suis retombée dessus aujourd'hui et j'ai trouvé ça marrant (je m'étais foulée pour les adjectifs en tous cas !).


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